lundi 3 mai 2010

Marco Decorpeliada, Schizomède

TROUBLANT TROUS BLANCS

"- A quoi servent les noms qu’ils portent demanda le moucheron, s’ils n’y répondent pas ?
-
Ils ne servent à rien pour eux, répondit Alice, mais je suppose qu’ils sont utiles aux gens qui les nomments. Lewis Caroll (A travers le miroir)"

L’œuvre de Marco Decorpeliada (1947-2006) témoigne d’une véritable guérilla artistique contre la frénésie classificatoire de la psychiatrie. Elle est constituée d’objets, documents, correspondances et œuvres d’art confiés par Julie W. la sœur de l’artiste au docteur Sven Legrand, le médecin psychiatre qui a suivi son frère pendant ses dernières années.

La cible des œuvres de Decorpeliada est un manuel qui encode numériquement les maladies mentales, le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders). Cette classification est obligatoire aux Etats-Unis et en France.

Au cours de ses séjours en milieu psychiatrique, Decorpeliade a été étiqueté de diverses manières et s’est efforcé d’obtenir les codes (chaque fois différents) qui lui ont été attribués et d’en comprendre la logique. C’est en feuilletant un catalogue Picard que celle-ci lui est apparue. Il a en effet constaté que les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV correspondaient à ceux des produits Picard Surgelés : deux items, un même chiffre !

Puis il se met à traquer d’autres conincidences numériques et généralise ainsi sa réplique au DSM IV en annexant des corpus divers. La frise, réalisée d’une écriture appliquée et enfantine, fait correspondre à chacune de ses classifications les codes DSM des diagnostics dont il a été l’objet au cours de ses trois hospitalisations.

En étandant ce procédé d’indexation commune au corpus hétérogène, il découvre les limites du DSM : bien qu’étant un système à 1000 cases, il n’a que 307 « troubles », il est donc incomplet. Le système de quadrillage qu’il réalise sur des portes de congélateurs permet de visualiser en un clin d’œil les emplacements de maladies manquantes, ces troublants « trous blanc » qui se détachent face aux produits Picard.

Utilisant une technique simple, proche du bricolage (découpage, collage, détournement), l’ œuvre de Decorpeliada convoque des références à l’art minimal et à l’art conceptuel tout en pouvant être qualifiée d’art brut selon le terme inventé par Jean Dubuffet en 1945 pour décrire un art échappant aux conventions et aux normes esthétiques convenues (autodidactes isolés, médiums, patients d’hôpitaux psychiatriques).

Le squelette est l’ultime production de l’artiste. Avec cette pièce, il assimile l’acte de classification à une calcification donnant un aperçu des développements innattendus qu’aurait pu prendre l’œuvre de Decorpeliada.

Un ouvrage Schizomède. Petit manuel de survie en milieu psychiatrique est publié à l’occasion de l’exposition. (EPEL, 2010)

Vinyl, disque et pochettes d’artistesLa collection Guy Schraen
Céleste Boursier-Mougenot
Marco Decorpellada, schizomètres
Thu Van Tran
Daniela Franco, face b
La maison rouge
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