mercredi 21 juillet 2010

EN MIROIR, PROJECTION SUR LE FOLKLORE

Maria Thereza Alves ,Through the Fields and into the Woods, 2007. Courtesy Galerie Michel Rein, Paris.

Faisant suite à la précédentes exposition collective « Corporate everything » qui explorait l’univers codifié de l’entreprise contemporaine, c’est la question complexe du folklore qui est abordée en ce moment à Fri Art. Intitulée « En miroir, Projection sur le folklore » elle traite de ce « savoir du peuple » dans une atmosphère d’intériorité très éloignée des rumeurs de l’industrie touristique. Il en découle une exposition collective rigoureuse, tout en noir et blanc, traversée de voix et d’images fragiles et persistantes comme le chant d’un ruisseau où le halo d’une bougie. Les œuvres des huit artistes invités opèrent comme un charme, révèlant des prèsences longtemps contenues dans les formes traditionnelles ici revisitées.

La matrice qui donne le ton a cette exposition conçue par Corinne Charpentier est une méthode
de
catéchisme par l’image développée par sœur Bernadette au 19e siècle à la demande du vatican. Petite bible optique manichéenne, la mèthode est composée de tableaux minimaux dans lesquels des silhouettes noires sont mises en schènes pour évoquer la lutte du bien (la prière, la religion, la famille, le paradis…) contre le mal (le progrès, le diable, l’enfer, la mort…).

FRI ART
Centre d'Art Contemporain
Petites-Rames 22
Case postale 582
CH-1701 Fribourg
T ++41(0)26 323 23 51
F ++41(0)26 323 15 34
M info@fri-art.ch

jeudi 15 juillet 2010

SORS-TU DU GOUFFRE NOIR OÙ DESCENDS-TU DES ASTRES

Hymne à la beauté, Charles Beaudelaire

Schaulager présente du 12 juin au 3 octobre 2010 « Restaint drawing project » de Matthew Barney. Idéalement en phase avec l’architecture de Herzog et De Meuron, l’exposition, composée d’une succession d’installations est intitulée « Prayer Sheet with the wound and the Nail ». Elle prend pour source une série de 16 performances initiées en 1988 et documentées sous la forme d’un film où d’une vidéo, dans lesquelles Matthew Barney expérimente les limites de son corps. Cherchant à dessiner dans des circonstances difficiles pour que les formes naissent d’une lutte, il s‘impose des obstacles physiques et psychologiques extrême en se mettant en scène dans des dispositifs précisément chorégraphiés qui deviennent, au fur et à mesure que les séries avancent, de plus en plus sophistiqués. Cet ainsi qu’entravé d’harnais, de ceintures élastiques, bondissant sur un trampoline où escaladant un mur de grimpe, il s’efforce de laisser des traces au graphite sur différents supports.

Pour les installations montrées au Schaulager, il génère des objets à partir de cette série de performances qui, comme des formes secondaires – dessins, sculptures, vitrines où photographies – accentuent l’aspect particulier de chaque action sous la forme de dispositifs narratifs.


L’idée de superposer à ces installations déjà complexes des œuvres d’art de la Renaissance à l’iconographie chrétienne vient de Neville Wakefield, curateur choisi par Matthew Barney et invité par le Schaulager pour l’occasion. Voyant dans la représentation du martyre du Christ propre aux œuvres de la renaissance un parallèle avec le processus de création mis en œuvre par Matthew Barney pour réaliser les Restraint drawings, il fait dialoguer des œuvre empruntées au Kunst museum avec les installations.

De la grande diversité des éléments ainsi réunis découle un récit structuré en plusieurs tableaux successifs dans des temporalités variables dont les limites se brouillent de plus en plus pour faire directement allusion au rapport qu’entretien l’homme (l’invité) avec la nature (l’hôte).

Une matière aux allures supranaturelles prédomine. Sorte de cire, malléable à souhait elle se métamorphose selon les besoin de la narration. Tantôt glaise, vaseline luisante et informe, tantôt dure évoquant le marbre de carrare où le cuir galuchat elle évoque tour à tour les matières originelles et des objets fétiches ultra civilisé à la limite de l’instrument de torture : scalpel, fouet et finalement linceul dématérialisé.

L’esthétique qui traverse l’exposition, même si résolument tournées vers le beau, l’attractif et le sublime n’exclut pas les expériences potentiellement effrayantes, répulsives où déchirantes créant une dilatation de la réalité et dotant d’une grande force mystique l’ensemble.

Matthew Barney
Prayer Sheet with the Wound and the Nail
12 June - 3 October 2010
Schaulager
Ruchfeldstrasse 19
CH-4142 Münchenstein / Basel
Phone +41 61 335 32 32
Fax +41 61 335 32 30
info@schaulager.org
www.schaulager.org

jeudi 27 mai 2010

Félix Gonzales-Torres


©The Felix Gonzalez-Torres Foundation
Courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

« Nous parlons de la propriété privée parce qu’il n’y a plus d’espace privé.
Nos désirs intimes, nos fantaisies, nos rêves sont réglés
et interceptés par la sphère publique »

La lumière d’abord qui exacerbe les transparences. A travers le rideau d’or pâle qui découpe l’espace et que le visiteur traverse forcément, des silhouettes fragiles s’activent. Seules des paires d’objets en tout point identiques troublent le bleu clair qui nimbe le mur. Sur ce fragment de ciel vertical se raconte la quiétude des amants parfaits, scellés dans un instant idéal qui se voudrait immuable. Rien, aucune menace dans cet univers translucide, si ce n’est le temps qui s’égrène implacable, entre parenthèse. (5th of March) date anniversaire de l’amant prématurément disparu. Cette discrète évocation à l’histoire personnelle de l’artiste est loin d’être anodine. Placée ainsi entre parenthèse elle réveille le fantôme de l’absent et donne une valeur de carte-mémoire aux objets anonymes et vides qui constituent les œuvres. Soudain, surgit comme en sous-texte l’anxiété douloureuse face à la perte inéluctable. De cette intimité perdue restents les rideaux immaculés et immobiles protégeant des regards extérieurs ce qui est montré sous une lumière inévitable. C’est avec une délicatesse vertigineuse que Félix Gonzales-Torres soulève ainsi la question de l’éphémère et de l’éternité. De l’intime et du public. Pas de volonté hiérarchique entre l’objet et le visiteur. Fragilité, fuite du temps et questionnement de l’autorité sont au cœur de son travail.

SPECIFIC OBJECTS WITHOUT SPECIFICS FORMS
Rétrospective itinérante de Félix Gonzales-Torres
du 22 mai au 29 août 2010
Fondation Beyeler

Baselstrasse 101, CH-4125 Riehen/Bâle
Tél. +41 (0)61 645 97 00
Fax +41 (0)61 645 97 19
Informations par boîte vocale: +41 - (0)61 - 645 97 77
e-mail
fondation@beyeler.com

lundi 3 mai 2010

Céleste Boursier-Mougenot

LE BRUIT DES IMAGES

Musicien de formation, Céleste Boursier-Mougenot (1961) propose des travaux dans lequels le son et sa mise en espace sont le point de départ. Pour la Maison rouge il a créée l’installation transcom 1. Le visiteur est invité à pénetrer dans un espace, plongé dans la pénombre et délimité par une alternance de miroirs et d’écrans. Ces derniers diffusent en continu des images filmées par quatre caméras de surveillance accrochées à deux ballons gonflés à l’hélium. Points blancs navigant dans l’espace noir, ces ballons effectuent des déplacements selon une chorépgraphie aléatoire qui répond entre autre aux nombres de personnes présentes dans la pièce, à la température, aux flux des ventilateurs ainsi qu’aux phases d’expansion et de contraction de l’hélium. L’emplacement des ballons dans l’espace détermine les images captées, qui elles-même déterminent les sons. L’interprétation sonore des flux d’images variant donc en fonction de la luminosité, de la vitesse, du nombre et de la taille des objets traversant son cadre.

Ce que l’on entend correspond donc au « bruit des images », une formule qui dit bien tout ce qu’il y a d’intuitif et de poétique dans le dispositif de Céleste Boursier-Mougenot.

Vinyl, disque et pochettes d’artistesLa collection Guy Schraen
Céleste Boursier-Mougenot
Marco Decorpellada, schizomètres
Thu Van Tran
Daniela Franco, face b
La maison rouge
Fondation antoine de galbert
10 boulevard de la bastille
75012 paris France
tél. +33 (0) 1 40 01 08 81
fax +33 (0) 1 40 01 08 83
info@lamaisonrouge.org

Marco Decorpeliada, Schizomède

TROUBLANT TROUS BLANCS

"- A quoi servent les noms qu’ils portent demanda le moucheron, s’ils n’y répondent pas ?
-
Ils ne servent à rien pour eux, répondit Alice, mais je suppose qu’ils sont utiles aux gens qui les nomments. Lewis Caroll (A travers le miroir)"

L’œuvre de Marco Decorpeliada (1947-2006) témoigne d’une véritable guérilla artistique contre la frénésie classificatoire de la psychiatrie. Elle est constituée d’objets, documents, correspondances et œuvres d’art confiés par Julie W. la sœur de l’artiste au docteur Sven Legrand, le médecin psychiatre qui a suivi son frère pendant ses dernières années.

La cible des œuvres de Decorpeliada est un manuel qui encode numériquement les maladies mentales, le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders). Cette classification est obligatoire aux Etats-Unis et en France.

Au cours de ses séjours en milieu psychiatrique, Decorpeliade a été étiqueté de diverses manières et s’est efforcé d’obtenir les codes (chaque fois différents) qui lui ont été attribués et d’en comprendre la logique. C’est en feuilletant un catalogue Picard que celle-ci lui est apparue. Il a en effet constaté que les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV correspondaient à ceux des produits Picard Surgelés : deux items, un même chiffre !

Puis il se met à traquer d’autres conincidences numériques et généralise ainsi sa réplique au DSM IV en annexant des corpus divers. La frise, réalisée d’une écriture appliquée et enfantine, fait correspondre à chacune de ses classifications les codes DSM des diagnostics dont il a été l’objet au cours de ses trois hospitalisations.

En étandant ce procédé d’indexation commune au corpus hétérogène, il découvre les limites du DSM : bien qu’étant un système à 1000 cases, il n’a que 307 « troubles », il est donc incomplet. Le système de quadrillage qu’il réalise sur des portes de congélateurs permet de visualiser en un clin d’œil les emplacements de maladies manquantes, ces troublants « trous blanc » qui se détachent face aux produits Picard.

Utilisant une technique simple, proche du bricolage (découpage, collage, détournement), l’ œuvre de Decorpeliada convoque des références à l’art minimal et à l’art conceptuel tout en pouvant être qualifiée d’art brut selon le terme inventé par Jean Dubuffet en 1945 pour décrire un art échappant aux conventions et aux normes esthétiques convenues (autodidactes isolés, médiums, patients d’hôpitaux psychiatriques).

Le squelette est l’ultime production de l’artiste. Avec cette pièce, il assimile l’acte de classification à une calcification donnant un aperçu des développements innattendus qu’aurait pu prendre l’œuvre de Decorpeliada.

Un ouvrage Schizomède. Petit manuel de survie en milieu psychiatrique est publié à l’occasion de l’exposition. (EPEL, 2010)

Vinyl, disque et pochettes d’artistesLa collection Guy Schraen
Céleste Boursier-Mougenot
Marco Decorpellada, schizomètres
Thu Van Tran
Daniela Franco, face b
La maison rouge
Fondation antoine de galbert
10 boulevard de la bastille
75012 paris France
tél. +33 (0) 1 40 01 08 81
fax +33 (0) 1 40 01 08 83
info@lamaisonrouge.org
www.lamaisonrouge.org

Charlotte Posenenske (1930-1985)

Dans le cadre de l’exposition PERGOLA, le Palais de Tokyo organise la première rétrospective de l’artiste allemande Charlotte Posenenske dont la pratique est marquée par un engagement politique radical : usage de matérieaux élémentaires, prix des œuvres équivalents au coût de production, minimalisme et lisibilité des formes. Déçue par l’incapacité de l’art à résoudre les problèmes sociaux urgents, elle décide de se retirer de la scène artistique à la fin des années 60.

PERGOLA
19 fév - 16 mai 10
PALAIS DE TOKYO
13 av. du Président Wilson
F-75116 Paris

samedi 24 avril 2010

N.T.52 (19)

Les mots ne sont pas justifiés

Alors que je plonge dans le blanc
Les lettres de ton prénom en néon vert majuscule gravent le silence

Je me moque que tu ne m’aies pas regardé
Je me soustrais à ton regard

Comme un flocon qui disparaît blanc sur blanc

A l’extérieur, la lumière éblouissante de l’après-midi se mêle à celle des néons, froide et incandescente

A l’intérieur plus rien sauf le scintillement de l’obscurité
Le même soleil noir que celui qui brille dans tes yeux
Ces yeux auquels aujourd’hui je voudrais me soustraire

Comme un enfant qui ne se croit plus visible
les paupières closes
JE FERME
LES YEUX
ET JE SUIS
INVISIBLE

à REMY ZAUGG
(1943-2000)
Appartement du collectionneur
Mamco 3e

jeudi 15 avril 2010

CORPORATE EVERYTHING


Positive buzz, 2001 - Carey Young

Le centre d’art de Fribourg présente du 14 février au 9 mai 2010, CORPORATE EVERYTHING qui engage une réflexion sur le monde de l’entreprise. Le récit de l’exposition se construit avec humour et esprit critique offrant au visiteur une grille de lecture sur l’impasse d’une forme de créativité codifiée dans la production « corporate ». L’artiste offrant ici une résistence poétique et savante pour dépasser les modèles de la culture de la performance. Au total, c’est 12 œuvres qui sont données à voir dont une produite par le centre d’art, « WITH OR WITHOUT YOU » de Svetlana Hegger. Constitutée de deux panneaux lumineux circulaires représentant tout deux le héros de BD Lucky Luke, elle est présentée au rez en Smoking version et à l’étage en Non smoking version. En effet, en 1983 et sous la pression des éditeurs, le mégot entre les lèvres du cowboy avait été remplacé par un innoffensif brin d’herbe. En effaçant cette caractéristique du personnage fictif pour répondre à des arguments de vente, c’est le vocabulaire tout entier de l’artiste qui est menacé de formatage.

Avec Lines made by walking, Carey Young fait une référence directe à la célèbre œuvre de Richard Long, The line made by walking . Sauf qu’ici, la trace que laisse l’artiste, marcheur solitaire, est celle de ses allées et venues dans une foule imperturbable dont elle intègre le territoire. En se démarquant des employés anonymes qui rentrent du bureau à l’heure de pointe dans le quartier des affaires de Londres, elle pose la question de la place réservée à l’individu dans la culture institutionnelle et plus spécifiquemeent à l’artiste.

Relire les Lettres de non-motivation de Julien Prévieux a quelque chose de jubilatoire. « Je préférerais ne pas avoir le sens du contact et être courtois. Je préférerais ne pas détenir une expérience dans le transport des voyageurs. Je préférerais ne pas être ponctuel… » Les réponses des recruteurs à ces lettres, que l’on a tous rêvé d’écrire un jour, varient. Souvent formatées, voir radicalement indifférentes, elles sont parfois drôles lorsque les mots s’emmêlent pour tenter de justifier des mécanismes de normalisation.

Everything good goes de Liam Gillick est une vidéo qui fait référence jusque dans ses mouvements de caméra au film de Jean-Luc Godard Tout va bien. A l’instar du réalisateur qui explorait en 1972 la lutte des classes ouvrières à travers une critique de l’usine Salumi, Liam Gillick analyse les conditions actuelles du travail et met ainsi en perspective les illusions passées et perverties des modèles de production.

Des visites guidées de l’exposition sont proposées, y compris aux entreprises fribourgeoises…

FRI ART
Petites-Rames 22
CH - 1701 Fribourg
Me-Ve: 12-18.00; Sa-Di: 14-17.00;
Je: nocturne et entrée libre, 18-20.00 + sur RV
T. +41(0)26 323 23 51
http://www.fri-art.ch

jeudi 25 février 2010

FELIX GONZALES-TORRES. SPECIFIC OBJECTS WITHOUT SPECIFIC FORM


"Untitled" (Perfect Lovers), 1990

En 1993, FELIX GONZALEZ-TORRES au lieu de rédiger une biographie standard, choisi d’écrire un portrait de lui-même à l’image de l’esprit qui traverse son travail. Les faits apparemment les plus anodins (son père lui offre son premier chat, ses rencontres amoureuses, il peint sa cuisine en bleu) figurent au même niveau que sa première exposition chez ANDREA ROSEN ou que l’obtention de son MFA en photographie à l’Université de New York. La biographie s’arrête en 1993 sur cette phrase :


1993 Ross est mort il ya 3 ans. J’ai peint le sol de la cuisine en orange brillant,

ce livre

D’origine cubaine, il est le 3e de quatre enfants. A l’âge de 14 ans il fuit son pays pour l’Espagne avec sa sœur. Ce n’est que 9 ans plus tard qu’ils retrouvent leurs parents qui à leur tour quittent Cuba. En 1990 il s’installe à NYC. et obtient un MFA universitaire en photographie puis il enseigne l’art à l’Université de New York. Entre 1987 et 1996 il produit une œuvre dense et engagée socialement qui marquera fortement une nouvelle génération d’artistes. Depuis 1997, la Félix Gonzales-Torres Fondation promeut son travail et alloue les droits pour les œuvres. Ils mettent également à disposition des curateurs et des chercheurs un vaste fond d’archive ainsi que des conseils pour le choix des œuvres.

"Untitled" (America Today), 1990

Très engagé politiquement et socialement, son travail mêle subtilement l’intime, l’autobiographique, les questionnements sur l’histoire de l’art et les prises de positions sociale et politique. Sans jamais cacher sa séropositivité, ni bien sur son homosexualité, il développe un langage d’une grande délicatesse se gardant de tomber dans une esthétique de révolte stéréotypée contre laquelle il serait trop facile d’opposer un discours moralisateur. C’est en partant de la formes des œuvres, inspirée de l’art conceptuel et de l’art minimal, que se dégagent en sous-textes, des questions fondamentales et universelles sur les libertés individuelles, sur le temps qui passe et sur la disparition. Des détails délibérément discrets font soudain surgir un sens souvent tragique et autobiographique pour aboutir à des prises de positions violentes (sur le Sida UNTITLED (BLOOD) mais aussi sur la politique internationale des Etats-Unis dans la guerre du Golfe, ou dans la gestion de la violence UNTITLED (DEATH BY GUN)). Cette subtilité dans le vocabulaire et la beauté des formes n’enlève rien, au contraire à ses prises de positions. En touchant les personnes dans leur sphère intime avec des questions universelles il les intègre à l’œuvre et les sensibilise directement à l’absurdité de figures toute faite d’autorité. Précurseur d’un art participe, ces œuvres sont tout a la fois des offrandes et des structures vivantes conçues pour évoluer avec les changements et les personnes avec lesquelles elles interagissent. Cette place importante laissée à l’autre en tant qu’individu rejoint les réflexions développées par Nicolas Bourriaud dans son livre, « Esthétique du relationnel ». Dans un chapitre consacré à Félix Gonzales-Torres, l’auteur explique comment les formes non figées participent à une proposition de changement de modèle de société. Parce qu’elle ne sont pas monumentales, figées dans une forme, elles installent avec le visiteur des rapports ouverts, non résolus par avance. L’Autre peut ainsi exister en tant que sujet sans être nié dans sa structure. C’est cette profonde modification en jeu dans le vocabulaire formel de FELIX GONZALEZ-TORRES qui est explorée dans SPECIFIC OBJECTS WITHOUT SPECIFIC FORM.

« Objets spécifiques sans formes spécifiques » est le titre de la rétrospective itinérante organisée par WIELS, centre d’art situé à Bruxelles et la FELIX GONZALEZ-TORRES Fondation à New York sur une initiative de la commissaire d’exposition allemande Elena Filipovic. C’est la plus importante rétrospective depuis la disparition de l’artiste avec une concentration d’œuvres majeures dont certaines qui n’ont jamais été montrées auparavant. Cet ambitieux projet épouse la philosophie de l’artiste en mettant l’accent sur le rapport entre l’individu et l’œuvre dans sa forme non figée. Il en résulte six expositions différentes à partir des mêmes objets dans trois lieux d’arts différents et installées par six commissaires d’exposition différents. La rétrospective montre ainsi les multiples possibilités d’accrochage à partir des mêmes objets.

"Untitled" (Martch 5th)

« Lorsque j’ai fait ses deux ampoules, j’étais dans un état de peur totale a l’idée de perdre mes échanges avec Ross et de n’être plus qu’un»

*Félix Gonzales-Torres. Specific Objects wihout specific form
Organisé par
Wiels, Centre d'Art Contemporain, Bruxelles
en collaboration avec la
Felix Gonzalez-Torres Foundation, New York
Curatée par Elena Filipovic (avec Danh Vo).
16.01 – 25.04.2010

cette rétospective voyagera :

FONDATION BEYELER, Basel (avec Carol Bove)
21.05 – 29.08.2010

Museum für Moderne Kunst, Frankfurt am Main (avec Tino Sehgal)
28.01 – 25.04.2011

lundi 8 février 2010

CHRISTIAN BOLTANSKI AU GRAND PALAIS

« PERSONNES » OÙ LES TRACES D'UNE AUTRE VIE

« C’est l’idée de la main de Dieu qui s’apparente au hasard,
celle d’un jugement dernier sans leçon de morale. »

Pour la 3e édition de Monumenta, le ministère de la Culture invite Christian Boltanski pour occuper le gigantesque espace en croix, sous la verrière du Grand Palais. Contrairement à ses prédécesseurs, Anselm Kiefer (2007) et Richard Serra (2008), il investit l’espace de manière symbolique et conceptuelle en jouant sur le vide, l’absence et sur les prèsences suggérées à l’instar du titre « Personnes » qui « désigne tout à la fois quelqu’un et la négation de quelqu’un ».

Inutile d’espèrer se réchauffer en penétrant le Grand Palais par une glaciale soirée de janvier. Selon le vœu de l’artiste, le chauffage est éteint. Aussitôt le sas d’entrée franchi, un battement de cœur géant empli l’espace et rythme régulièrement le temps qui s’écoule ici comme suspendu. Pour voir l’installation le visiteur doit contourner un mur constitué de tiroirs en fer blanc rouillés qui barre l’entrée. S’étendent alors au sol des petits parterres amménagés un peu comme ceux d’un cimetière. Ils sont composés d’env. 200’000 vêtements usagés en croix, matériau de prédilection de l’artiste. Encadrés par 4 haut-parleurs qui diffusent un battement de cœur et éclairés par 4 tubes néons chacun. Derrière ce qui évoque un champ de bataille, une haute montagne constituée de vêtement en tas s’érige vers la haute nef de verre. A son sommet, une grue rouge dotée d’un crochet à trois doigts s’empare aléatoirement des vêtements pour les emmener au sommet de la nef et les relâcher.


« Au-delà du vêtement et du battement de cœur il y a la trace d’une autre vie. »

Dans une petite pièce attenante, les visiteurs peuvent faire enregistrer les battements de leur cœur pour la base de données qui constitue la collection de l’artiste. Le 18 juillet prochain, les 30'000 battements de cœur enregistrés seront rassemblés sur l’île de Teshima au Japon.

En parrallèle à cette réflexion sur l’instant de la mise à mort « Personnes », Boltanski propose un « Après » au Musée d’art contemporain de Val-de-Marne (MAC/VAL). Avec « Bonjour Monsieur Boltanski » à la galerie du Jour, 11 artistes répondent à l’invitation d’Agnès B pour un hommage collectif à l’artiste.

Christian Boltanski est né en 1944 à Paris d’un père juif russe et d’une mère chrétienne corse. La shoah est très prèsente dans ses installations où se mèlent histoire, mémoire et inconscient. Après Annette Messager (2005), Sophie Calle (2007) et Claude Lévêque (2009) il est invité à représenter la France à la Biennale de Venise 2011.

« C’est une île lointaine, difficile à trouver,
qui évoque le pèlerinage et le recueillement. (…)
Vous pourrez écouter le cœur d’une personne enregistré à Paris.
Mais un jour, il n’y aura plus que des cœurs de défunts
et Teshima sera l’île des morts »

«PERSONNES»
Monumenta 2010 du 13 janvier au 21 février 2010

Nef du Grand Palais - Porte principale
Avenue Winston Churchill 75008 PARIS

«APRES»
MAC/VAL du 15 janvier au 28 mars 2010
Musée d’art contemporain du Val-de-Marne
Place de la Libération
Boîte postale 147
94404 Vitry-sur-Seine cedex
http://www.macval.fr
/

«BONJOUR MONSIEUR BOLTANSKI»
Du 13 février 2010 au 3 avril 2010
Galerie du Jour Agnès B
44, rue Quincampoix 75004 Paris
01 44 54 55 90
Métro 11 Rambuteau, Bus 38 , Bus 47 , Bus 85
mar à sam de 12h à 19h.

jeudi 4 février 2010

MAPPING THE STUDIO : ARTISTS FROM THE FRANCOIS PINAULT COLLECTION

DIALOGUES ENTRE LAGUNE, LUXE ET LUMIERE

Rudolf Stingel, Untitled, (2008)

En parralèle à la Biennale de Venise, 38 événements collatéraux sont organisés dont l’exposition inaugurale à la Punta della Dogana qui étend les espaces d’exposition de la collection d’art contemporain de François Pinault déjà présente à Venise depuis 2006 au Palazzo Grassi.

Les commissaires, Alison M. Gingeras et Francesco Bonami ont choisi le titre « Mapping the Studio: Artists from the François Pinault Collection » pour l’exposition déployée sur les deux lieux. En empruntant ce titre à une importante installation vidéo de Bruce Nauman dans laquelle l’artiste enregistre l’activité nocturne de son atelier, les commissaires soulignent l’analogie entre l’espace intime de l’atelier où se dévelope la créativité et la passion du collectioneur orientée vers l’extérieur. Ce parallèle devient le point de départ d’un dialogue entre les 200 œuvres créées par 60 artistes.

Maurizio Cattelan, Untitled, (2007) - Félix Gonzales-Torres (Blood) - Rachel Whiteread, Untitled (One Hundred Spaces), (1995)

A la Punta della Dogana, l’exposition s’ouvre sur un rideau de perles rouges de Félix Gonzales-Torres (1957-1996). Intitulée « BLOOD » l’œuvre, comme le sang d’un poète disparu que le visiteur peut traverser et toucher, accompage de sa présence sensible et sensuelle les premiers pas dans la nef centrale. Une fois ce rideau franchit, un tableau éblouissant s’offre aux yeux dans lequel chaque œuvres réunies épousent à merveille l’ambiance particulière de l’espace. Saisi dans son envol, le cheval empaillé de Maurizio Catelan surplombe l’espace délicatement occupé au sol par les cubes translucide de Rachel Witheread. Dialoguant délicieusement entre elles et résonnant avec l’architecture, chaque œuvre entraîne le visiteur d’une pièce à l’autre.

Fischli and Weiss, Rat and Bear (Mobile), (2008-2009)

A L’étage, le duo suisse Fischli & Weiss montre une désopilante collection de publicités internationales. Classées par thématiques (les bébés, l’innocence, les bouches (féminines) entrouvertes, les véhicules, la nourriture, la nuit…) elles s’enchainent les unes aux autres balisant l’imaginaire collectif de symboles fantasmagoriques uniquement reliés à la réalité par le produit qu’elle vantent dans un opéra consumériste tout à la fois féerique et inquiétant.

Les commissaires ne fournissent pas beaucoup d’explication sur leur choix esthétiques et laissent les œuvres parler d’elles-même. Un **catalogue est en vente au prix de 60 euros et des médiateurs, tous universitaires où étudiants en art, sont présents sur place pour répondre aux questions des visiteurs. Toutefois la mission de la Punta della Dogana est avec évidence très différente de celle d'une institution publique qui déploierait de fortes actions de médiation auprès des publics non-initiés.



* Adel Abdessemed (1971) - Kai Althoff (1966) - John Armleder (1948) - Michaël Borremans (1963) - Christoph Büchel (1966) - Mark Bradford (1961) - Glenn Brown (1966) - Daniel Buren (1938) - Maurizio Cattelan (1960) - Jake e Dinos Chapman (nés respectivement en 1962 et 1966) - Matthew Day Jackson (1974) - Marlene Dumas (1953) – Erro (1932) - Urs Fischer (1973) - Fischli & Weiss (1952) - Dan Flavin (1933 – 1996) - Lucio Fontana (1899 – 1968) - Tom Friedman (1965) – Gelitin (colelctif) - Robert Gober (1954) - Felix Gonzalez-Torres (1957 – 1996) - Mark Grotjahn (1968) - David Hammons (1943) - Mark Handforth (1969) - Rachel Harrison (1966) Richard Hughes (1974) - Mike Kelley (1954) - Martin Kippenberger (1953) - Jeff Koons (1955) - Barbara Kruger (1945) - Yayoi Kusama (1929) - Francesco Lo Savio (1935 – 1963) - Nate Lowman (1979) - Lee Lozano (1930) - Paul McCarthy (1945) - Otto Muehl (1925) - Takashi Murakami (1961) - Bruce Nauman (1941) - Cady Noland (1956) - Raymond Pettibon (1957) - Huang Yong Ping (1954) - Michelangelo Pistoletto (1933) - Sigmar Polke (1941) - Richard Prince (1949) - Pruitt Early (collectif formé dans les années ’80 et séparé dans les années ’90) - Rob Pruitt (1964) - Charles Ray (1953) - Martial Raysse (1936) - Wilhelm Sasnal (1972) - Thomas Schütte (1954) - Cindy Sherman (1954) - Rudolf Stingel (1956) - Hiroshi Sugimoto (1948) - Jean Tinguely (1925 – 1991) - Luc Tuymans (1958) - Cy Twombly (1928) - Piotr Uklan´ski (1968) - Franz West (1947) - Rachel Whiteread (1963)

** Mapping the Studio: Artists from the François Pinault Collection
a cura di Francesco Bonami e Alison Gingeras
Catalogo della mostra della François Pinault Foundation a Punta della Dogana e a Palazzo Grassi.
Edito da ELECTA
Formato: 24 x 28,5 cm
Pagine: 300
Illustrazioni: 250 a colori
Lingue : italiano, inglese, francese