jeudi 25 février 2010

FELIX GONZALES-TORRES. SPECIFIC OBJECTS WITHOUT SPECIFIC FORM


"Untitled" (Perfect Lovers), 1990

En 1993, FELIX GONZALEZ-TORRES au lieu de rédiger une biographie standard, choisi d’écrire un portrait de lui-même à l’image de l’esprit qui traverse son travail. Les faits apparemment les plus anodins (son père lui offre son premier chat, ses rencontres amoureuses, il peint sa cuisine en bleu) figurent au même niveau que sa première exposition chez ANDREA ROSEN ou que l’obtention de son MFA en photographie à l’Université de New York. La biographie s’arrête en 1993 sur cette phrase :


1993 Ross est mort il ya 3 ans. J’ai peint le sol de la cuisine en orange brillant,

ce livre

D’origine cubaine, il est le 3e de quatre enfants. A l’âge de 14 ans il fuit son pays pour l’Espagne avec sa sœur. Ce n’est que 9 ans plus tard qu’ils retrouvent leurs parents qui à leur tour quittent Cuba. En 1990 il s’installe à NYC. et obtient un MFA universitaire en photographie puis il enseigne l’art à l’Université de New York. Entre 1987 et 1996 il produit une œuvre dense et engagée socialement qui marquera fortement une nouvelle génération d’artistes. Depuis 1997, la Félix Gonzales-Torres Fondation promeut son travail et alloue les droits pour les œuvres. Ils mettent également à disposition des curateurs et des chercheurs un vaste fond d’archive ainsi que des conseils pour le choix des œuvres.

"Untitled" (America Today), 1990

Très engagé politiquement et socialement, son travail mêle subtilement l’intime, l’autobiographique, les questionnements sur l’histoire de l’art et les prises de positions sociale et politique. Sans jamais cacher sa séropositivité, ni bien sur son homosexualité, il développe un langage d’une grande délicatesse se gardant de tomber dans une esthétique de révolte stéréotypée contre laquelle il serait trop facile d’opposer un discours moralisateur. C’est en partant de la formes des œuvres, inspirée de l’art conceptuel et de l’art minimal, que se dégagent en sous-textes, des questions fondamentales et universelles sur les libertés individuelles, sur le temps qui passe et sur la disparition. Des détails délibérément discrets font soudain surgir un sens souvent tragique et autobiographique pour aboutir à des prises de positions violentes (sur le Sida UNTITLED (BLOOD) mais aussi sur la politique internationale des Etats-Unis dans la guerre du Golfe, ou dans la gestion de la violence UNTITLED (DEATH BY GUN)). Cette subtilité dans le vocabulaire et la beauté des formes n’enlève rien, au contraire à ses prises de positions. En touchant les personnes dans leur sphère intime avec des questions universelles il les intègre à l’œuvre et les sensibilise directement à l’absurdité de figures toute faite d’autorité. Précurseur d’un art participe, ces œuvres sont tout a la fois des offrandes et des structures vivantes conçues pour évoluer avec les changements et les personnes avec lesquelles elles interagissent. Cette place importante laissée à l’autre en tant qu’individu rejoint les réflexions développées par Nicolas Bourriaud dans son livre, « Esthétique du relationnel ». Dans un chapitre consacré à Félix Gonzales-Torres, l’auteur explique comment les formes non figées participent à une proposition de changement de modèle de société. Parce qu’elle ne sont pas monumentales, figées dans une forme, elles installent avec le visiteur des rapports ouverts, non résolus par avance. L’Autre peut ainsi exister en tant que sujet sans être nié dans sa structure. C’est cette profonde modification en jeu dans le vocabulaire formel de FELIX GONZALEZ-TORRES qui est explorée dans SPECIFIC OBJECTS WITHOUT SPECIFIC FORM.

« Objets spécifiques sans formes spécifiques » est le titre de la rétrospective itinérante organisée par WIELS, centre d’art situé à Bruxelles et la FELIX GONZALEZ-TORRES Fondation à New York sur une initiative de la commissaire d’exposition allemande Elena Filipovic. C’est la plus importante rétrospective depuis la disparition de l’artiste avec une concentration d’œuvres majeures dont certaines qui n’ont jamais été montrées auparavant. Cet ambitieux projet épouse la philosophie de l’artiste en mettant l’accent sur le rapport entre l’individu et l’œuvre dans sa forme non figée. Il en résulte six expositions différentes à partir des mêmes objets dans trois lieux d’arts différents et installées par six commissaires d’exposition différents. La rétrospective montre ainsi les multiples possibilités d’accrochage à partir des mêmes objets.

"Untitled" (Martch 5th)

« Lorsque j’ai fait ses deux ampoules, j’étais dans un état de peur totale a l’idée de perdre mes échanges avec Ross et de n’être plus qu’un»

*Félix Gonzales-Torres. Specific Objects wihout specific form
Organisé par
Wiels, Centre d'Art Contemporain, Bruxelles
en collaboration avec la
Felix Gonzalez-Torres Foundation, New York
Curatée par Elena Filipovic (avec Danh Vo).
16.01 – 25.04.2010

cette rétospective voyagera :

FONDATION BEYELER, Basel (avec Carol Bove)
21.05 – 29.08.2010

Museum für Moderne Kunst, Frankfurt am Main (avec Tino Sehgal)
28.01 – 25.04.2011

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