mardi 2 février 2010

IL TEMPO DEL POSTINO

« Qu’est-ce que c’est que le temps ?
Si personne ne me le demande, je connais la réponse.
Si je devais l’expliquer, ce serait impossible »
Agostino di Ippona

« Il Tempo del Postino » est une exposition de groupe montée par Hans Ulrich Obrist et Philippe Parreno qui au lieu d’occuper l’espace, occupe le temps, fil directeur de la présentation de travaux artistiques qui se succèdent sur une scène de théâtre. Pour répondre à la question de départ qui était : « Que se passe-t-il quand une exposition ne revendique pas l’espace mais le temps », ils ont posé comme un jeu la règle suivante : 15 artistes créeront une œuvre ne durant pas plus de 15 minutes. Au final, c’est 19 œuvres qui ont été montrées à Manchester et à Bâle. Le titre, « Il Tempo del Postino », fait référence à l’œuvre qui est directement livrée au visiteur (en anglais the viewer…) sans que celui-ci n’aie a se déplacer, à la manière du courrier déposé par le postier.

A l’issue de sa première et jusqu’alors unique représentation au Manchester International Theater en 2007, le quotidien britanique The Independant en a fait l’éloge, affirmant que ce sepctacle hors du commun était le premier opéra d’artistes au monde. Pour ArtBasel 2009, cette exposition complexe et ambitieuse s’est déplacée avec un concept légèrement adapté pour trois représentations spectaculaires au Theater Basel.

D’une durée totale de trois heures, l’exposition globalement d’une excellente qualité artistique et technique comporte des moments d’exception. Tino Sehgal donne le ton avec une chorégaphie sans titre donnant vie au rideau en velours rouge de la scène. Dans le même esprit ludique, Pierre Huyghe élabore sa trilogie en trois actes « Hello zombie » sur la base d’un amour improbable entre un troll et une peluche géante jaune ébouriffée. Avec ces petites pièces cruelles, drôles et émouvantes qui interviennent dans l’ensemble de la production comme un numéro de clown dans un spectacle de cirque, il désamorce toute forme d’agressivité.

Dominique Gonzales-Foester crée un chef d’œuvre de subtilité et de surprise. L’orchestre du théâtre commence à jouer une symphonie et les musiciens à courts intervalles quittent un à un lentement et calmement la scène pour disparaître dans l’obscurité. Avec cette scène, tout à la fois utopique et banale, elle organise la lente soustraction des musiciens produisant un instant intense et émouvant entre la vie et la mort. Carlsten Höller quant à lui relativise les évidences liées à la perception visuelle. Durant 10 jours des personnes volontaires portent en permanence des lunettes qui renversent littéralement la vision : le haut est en bas, le bas est en haut. Aidés d’assistants, ils procèdent à toutes les activités du quotidien en s’habituant progressivement à déambuler dans un monde à l’envers. C’est l’instant où ces personnes retirent les lunettes pour la première fois que l’artiste à choisi de rendre public dans « Il Tempo del Postino ».

Une publication Live Recorded Delay documente et prolonge le projet. Intégralement conçue par M/M (Paris), elle constitue à la fois une archive et une partition ouverte pour des développements à venir de l'exposition. Elle retrace le montage du projet et en propose un compte-rendu, dans un coffret luxueux en édition limitée à 600 exemplaires. http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=1428

Cette production expérimentale a regroupé au Theater Basel les artistes de renomée internationale suivants : Doug Aitken, Matthew Barney & Jonathan Bepler, Tacita Dean, Trisha Donnelly, Olafur Eliasson, Peter Fischli / David Weiss, Liam Gillick, Dominique Gonzalez-Foerster, Douglas Gordon, Carsten Höller, Pierre Huyghe, Koo Jeong-A, Philippe Parreno, Anri Sala, Tino Sehgal et Rirkrit Tiravanija & Arto Lindsay, le spectacle de Bâle intègre une nouvelle contribution de Thomas Deman

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