mercredi 21 juillet 2010

EN MIROIR, PROJECTION SUR LE FOLKLORE

Maria Thereza Alves ,Through the Fields and into the Woods, 2007. Courtesy Galerie Michel Rein, Paris.

Faisant suite à la précédentes exposition collective « Corporate everything » qui explorait l’univers codifié de l’entreprise contemporaine, c’est la question complexe du folklore qui est abordée en ce moment à Fri Art. Intitulée « En miroir, Projection sur le folklore » elle traite de ce « savoir du peuple » dans une atmosphère d’intériorité très éloignée des rumeurs de l’industrie touristique. Il en découle une exposition collective rigoureuse, tout en noir et blanc, traversée de voix et d’images fragiles et persistantes comme le chant d’un ruisseau où le halo d’une bougie. Les œuvres des huit artistes invités opèrent comme un charme, révèlant des prèsences longtemps contenues dans les formes traditionnelles ici revisitées.

La matrice qui donne le ton a cette exposition conçue par Corinne Charpentier est une méthode
de
catéchisme par l’image développée par sœur Bernadette au 19e siècle à la demande du vatican. Petite bible optique manichéenne, la mèthode est composée de tableaux minimaux dans lesquels des silhouettes noires sont mises en schènes pour évoquer la lutte du bien (la prière, la religion, la famille, le paradis…) contre le mal (le progrès, le diable, l’enfer, la mort…).

FRI ART
Centre d'Art Contemporain
Petites-Rames 22
Case postale 582
CH-1701 Fribourg
T ++41(0)26 323 23 51
F ++41(0)26 323 15 34
M info@fri-art.ch

jeudi 15 juillet 2010

SORS-TU DU GOUFFRE NOIR OÙ DESCENDS-TU DES ASTRES

Hymne à la beauté, Charles Beaudelaire

Schaulager présente du 12 juin au 3 octobre 2010 « Restaint drawing project » de Matthew Barney. Idéalement en phase avec l’architecture de Herzog et De Meuron, l’exposition, composée d’une succession d’installations est intitulée « Prayer Sheet with the wound and the Nail ». Elle prend pour source une série de 16 performances initiées en 1988 et documentées sous la forme d’un film où d’une vidéo, dans lesquelles Matthew Barney expérimente les limites de son corps. Cherchant à dessiner dans des circonstances difficiles pour que les formes naissent d’une lutte, il s‘impose des obstacles physiques et psychologiques extrême en se mettant en scène dans des dispositifs précisément chorégraphiés qui deviennent, au fur et à mesure que les séries avancent, de plus en plus sophistiqués. Cet ainsi qu’entravé d’harnais, de ceintures élastiques, bondissant sur un trampoline où escaladant un mur de grimpe, il s’efforce de laisser des traces au graphite sur différents supports.

Pour les installations montrées au Schaulager, il génère des objets à partir de cette série de performances qui, comme des formes secondaires – dessins, sculptures, vitrines où photographies – accentuent l’aspect particulier de chaque action sous la forme de dispositifs narratifs.


L’idée de superposer à ces installations déjà complexes des œuvres d’art de la Renaissance à l’iconographie chrétienne vient de Neville Wakefield, curateur choisi par Matthew Barney et invité par le Schaulager pour l’occasion. Voyant dans la représentation du martyre du Christ propre aux œuvres de la renaissance un parallèle avec le processus de création mis en œuvre par Matthew Barney pour réaliser les Restraint drawings, il fait dialoguer des œuvre empruntées au Kunst museum avec les installations.

De la grande diversité des éléments ainsi réunis découle un récit structuré en plusieurs tableaux successifs dans des temporalités variables dont les limites se brouillent de plus en plus pour faire directement allusion au rapport qu’entretien l’homme (l’invité) avec la nature (l’hôte).

Une matière aux allures supranaturelles prédomine. Sorte de cire, malléable à souhait elle se métamorphose selon les besoin de la narration. Tantôt glaise, vaseline luisante et informe, tantôt dure évoquant le marbre de carrare où le cuir galuchat elle évoque tour à tour les matières originelles et des objets fétiches ultra civilisé à la limite de l’instrument de torture : scalpel, fouet et finalement linceul dématérialisé.

L’esthétique qui traverse l’exposition, même si résolument tournées vers le beau, l’attractif et le sublime n’exclut pas les expériences potentiellement effrayantes, répulsives où déchirantes créant une dilatation de la réalité et dotant d’une grande force mystique l’ensemble.

Matthew Barney
Prayer Sheet with the Wound and the Nail
12 June - 3 October 2010
Schaulager
Ruchfeldstrasse 19
CH-4142 Münchenstein / Basel
Phone +41 61 335 32 32
Fax +41 61 335 32 30
info@schaulager.org
www.schaulager.org

jeudi 27 mai 2010

Félix Gonzales-Torres


©The Felix Gonzalez-Torres Foundation
Courtesy of Andrea Rosen Gallery, New York

« Nous parlons de la propriété privée parce qu’il n’y a plus d’espace privé.
Nos désirs intimes, nos fantaisies, nos rêves sont réglés
et interceptés par la sphère publique »

La lumière d’abord qui exacerbe les transparences. A travers le rideau d’or pâle qui découpe l’espace et que le visiteur traverse forcément, des silhouettes fragiles s’activent. Seules des paires d’objets en tout point identiques troublent le bleu clair qui nimbe le mur. Sur ce fragment de ciel vertical se raconte la quiétude des amants parfaits, scellés dans un instant idéal qui se voudrait immuable. Rien, aucune menace dans cet univers translucide, si ce n’est le temps qui s’égrène implacable, entre parenthèse. (5th of March) date anniversaire de l’amant prématurément disparu. Cette discrète évocation à l’histoire personnelle de l’artiste est loin d’être anodine. Placée ainsi entre parenthèse elle réveille le fantôme de l’absent et donne une valeur de carte-mémoire aux objets anonymes et vides qui constituent les œuvres. Soudain, surgit comme en sous-texte l’anxiété douloureuse face à la perte inéluctable. De cette intimité perdue restents les rideaux immaculés et immobiles protégeant des regards extérieurs ce qui est montré sous une lumière inévitable. C’est avec une délicatesse vertigineuse que Félix Gonzales-Torres soulève ainsi la question de l’éphémère et de l’éternité. De l’intime et du public. Pas de volonté hiérarchique entre l’objet et le visiteur. Fragilité, fuite du temps et questionnement de l’autorité sont au cœur de son travail.

SPECIFIC OBJECTS WITHOUT SPECIFICS FORMS
Rétrospective itinérante de Félix Gonzales-Torres
du 22 mai au 29 août 2010
Fondation Beyeler

Baselstrasse 101, CH-4125 Riehen/Bâle
Tél. +41 (0)61 645 97 00
Fax +41 (0)61 645 97 19
Informations par boîte vocale: +41 - (0)61 - 645 97 77
e-mail
fondation@beyeler.com

lundi 3 mai 2010

Céleste Boursier-Mougenot

LE BRUIT DES IMAGES

Musicien de formation, Céleste Boursier-Mougenot (1961) propose des travaux dans lequels le son et sa mise en espace sont le point de départ. Pour la Maison rouge il a créée l’installation transcom 1. Le visiteur est invité à pénetrer dans un espace, plongé dans la pénombre et délimité par une alternance de miroirs et d’écrans. Ces derniers diffusent en continu des images filmées par quatre caméras de surveillance accrochées à deux ballons gonflés à l’hélium. Points blancs navigant dans l’espace noir, ces ballons effectuent des déplacements selon une chorépgraphie aléatoire qui répond entre autre aux nombres de personnes présentes dans la pièce, à la température, aux flux des ventilateurs ainsi qu’aux phases d’expansion et de contraction de l’hélium. L’emplacement des ballons dans l’espace détermine les images captées, qui elles-même déterminent les sons. L’interprétation sonore des flux d’images variant donc en fonction de la luminosité, de la vitesse, du nombre et de la taille des objets traversant son cadre.

Ce que l’on entend correspond donc au « bruit des images », une formule qui dit bien tout ce qu’il y a d’intuitif et de poétique dans le dispositif de Céleste Boursier-Mougenot.

Vinyl, disque et pochettes d’artistesLa collection Guy Schraen
Céleste Boursier-Mougenot
Marco Decorpellada, schizomètres
Thu Van Tran
Daniela Franco, face b
La maison rouge
Fondation antoine de galbert
10 boulevard de la bastille
75012 paris France
tél. +33 (0) 1 40 01 08 81
fax +33 (0) 1 40 01 08 83
info@lamaisonrouge.org

Marco Decorpeliada, Schizomède

TROUBLANT TROUS BLANCS

"- A quoi servent les noms qu’ils portent demanda le moucheron, s’ils n’y répondent pas ?
-
Ils ne servent à rien pour eux, répondit Alice, mais je suppose qu’ils sont utiles aux gens qui les nomments. Lewis Caroll (A travers le miroir)"

L’œuvre de Marco Decorpeliada (1947-2006) témoigne d’une véritable guérilla artistique contre la frénésie classificatoire de la psychiatrie. Elle est constituée d’objets, documents, correspondances et œuvres d’art confiés par Julie W. la sœur de l’artiste au docteur Sven Legrand, le médecin psychiatre qui a suivi son frère pendant ses dernières années.

La cible des œuvres de Decorpeliada est un manuel qui encode numériquement les maladies mentales, le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manuel of Mental Disorders). Cette classification est obligatoire aux Etats-Unis et en France.

Au cours de ses séjours en milieu psychiatrique, Decorpeliade a été étiqueté de diverses manières et s’est efforcé d’obtenir les codes (chaque fois différents) qui lui ont été attribués et d’en comprendre la logique. C’est en feuilletant un catalogue Picard que celle-ci lui est apparue. Il a en effet constaté que les codes attribués aux troubles mentaux dans le DSM IV correspondaient à ceux des produits Picard Surgelés : deux items, un même chiffre !

Puis il se met à traquer d’autres conincidences numériques et généralise ainsi sa réplique au DSM IV en annexant des corpus divers. La frise, réalisée d’une écriture appliquée et enfantine, fait correspondre à chacune de ses classifications les codes DSM des diagnostics dont il a été l’objet au cours de ses trois hospitalisations.

En étandant ce procédé d’indexation commune au corpus hétérogène, il découvre les limites du DSM : bien qu’étant un système à 1000 cases, il n’a que 307 « troubles », il est donc incomplet. Le système de quadrillage qu’il réalise sur des portes de congélateurs permet de visualiser en un clin d’œil les emplacements de maladies manquantes, ces troublants « trous blanc » qui se détachent face aux produits Picard.

Utilisant une technique simple, proche du bricolage (découpage, collage, détournement), l’ œuvre de Decorpeliada convoque des références à l’art minimal et à l’art conceptuel tout en pouvant être qualifiée d’art brut selon le terme inventé par Jean Dubuffet en 1945 pour décrire un art échappant aux conventions et aux normes esthétiques convenues (autodidactes isolés, médiums, patients d’hôpitaux psychiatriques).

Le squelette est l’ultime production de l’artiste. Avec cette pièce, il assimile l’acte de classification à une calcification donnant un aperçu des développements innattendus qu’aurait pu prendre l’œuvre de Decorpeliada.

Un ouvrage Schizomède. Petit manuel de survie en milieu psychiatrique est publié à l’occasion de l’exposition. (EPEL, 2010)

Vinyl, disque et pochettes d’artistesLa collection Guy Schraen
Céleste Boursier-Mougenot
Marco Decorpellada, schizomètres
Thu Van Tran
Daniela Franco, face b
La maison rouge
Fondation antoine de galbert
10 boulevard de la bastille
75012 paris France
tél. +33 (0) 1 40 01 08 81
fax +33 (0) 1 40 01 08 83
info@lamaisonrouge.org
www.lamaisonrouge.org

Charlotte Posenenske (1930-1985)

Dans le cadre de l’exposition PERGOLA, le Palais de Tokyo organise la première rétrospective de l’artiste allemande Charlotte Posenenske dont la pratique est marquée par un engagement politique radical : usage de matérieaux élémentaires, prix des œuvres équivalents au coût de production, minimalisme et lisibilité des formes. Déçue par l’incapacité de l’art à résoudre les problèmes sociaux urgents, elle décide de se retirer de la scène artistique à la fin des années 60.

PERGOLA
19 fév - 16 mai 10
PALAIS DE TOKYO
13 av. du Président Wilson
F-75116 Paris

samedi 24 avril 2010

N.T.52 (19)

Les mots ne sont pas justifiés

Alors que je plonge dans le blanc
Les lettres de ton prénom en néon vert majuscule gravent le silence

Je me moque que tu ne m’aies pas regardé
Je me soustrais à ton regard

Comme un flocon qui disparaît blanc sur blanc

A l’extérieur, la lumière éblouissante de l’après-midi se mêle à celle des néons, froide et incandescente

A l’intérieur plus rien sauf le scintillement de l’obscurité
Le même soleil noir que celui qui brille dans tes yeux
Ces yeux auquels aujourd’hui je voudrais me soustraire

Comme un enfant qui ne se croit plus visible
les paupières closes
JE FERME
LES YEUX
ET JE SUIS
INVISIBLE

à REMY ZAUGG
(1943-2000)
Appartement du collectionneur
Mamco 3e